Abus de droit crédit lombard : les 5 montages rejetés par le fisc en 2026

Le crédit Lombard est parfaitement légal, mais certains montages sont considérés comme abus de droit par le fisc en 2026. Voici les 5 schémas les plus risqués avec exemples réels, pénalités et comment les éviter.

Sommaire de l'article

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28 min

Mis à jour le 20 septembre 2026

Pendant mes années de banque privée, j’ai vu passer des dizaines de montages lombard. Certains parfaitement licites, d’autres… beaucoup moins. Le crédit lombard reste un outil patrimonial que j’utilise régulièrement pour mes clients cadres dirigeants et entrepreneurs. Mais il y a une ligne rouge que certains franchissent, parfois sans même s’en rendre compte. Et quand le fisc débarque, la note est salée.

Les 5 montages abus de droit crédit Lombard les plus ciblés en 2026

1. Vivre de lombards sans revenus déclarés
2. Lombard adossé à l’assurance-vie pour éviter le rachat
3. Contournement successoral via AV + lombard
4. Donation déguisée aux enfants
5. Rapatriement d’avoirs non déclarés (fraude)

Pénalité possible : 40 % à 80 % + intérêts + risque pénal dans les cas graves.

Je me souviens d’un client arrivé dans mon bureau en 2022, tout fier de son montage « zéro impôt ». Son ancien conseil lui avait monté un système de lombards en cascade adossé à son assurance-vie luxembourgeoise. Sur le papier, c’était élégant. En pratique, c’était un abus de droit en puissance. On a passé six mois à déminer la situation avant qu’il ne se retrouve avec une proposition de rectification.

Cet article fait le point sur les cinq montages lombard que l’administration fiscale cible en priorité, les fondements juridiques qu’elle utilise, et surtout les critères qui séparent l’optimisation intelligente du terrain miné.

Points clés à retenir

  • Le crédit lombard est légal, mais son utilisation à des fins principalement fiscales expose à l'abus de droit depuis 2021 (article L64A du LPF)
  • L'administration cible cinq montages type : substitution de revenus, rachat déguisé d'assurance-vie, contournement successoral, donation déguisée et rapatriement d'avoirs
  • La pénalité peut atteindre 80 % des droits éludés, plus intérêts de retard, avec transmission automatique au parquet dans les cas les plus graves
  • La CDHR (contribution différentielle sur les hauts revenus) de 2025 réduit fortement l'intérêt du lombard comme substitut de revenus
  • Aucune jurisprudence publiée ne vise directement le crédit lombard, ce qui ne signifie pas absence de contrôles : les affaires se règlent massivement en phase amiable

Le cadre juridique : deux articles, deux niveaux de risque

Avant de parler des montages, il faut comprendre les armes dont dispose l’administration. Quand j’explique ça à mes clients, je commence toujours par une distinction simple : il y a l’abus de droit « classique » et le « mini abus de droit ». La différence entre les deux peut vous coûter 40 points de pénalité.

L’article L64 du LPF permet à l’administration d’écarter les actes qui n’ont été inspirés par aucun autre motif que l’élude de l’impôt. Le mot important ici, c’est « aucun autre ». Tant que votre montage avait un but exclusivement fiscal, vous êtes exposé. La sanction tombe automatiquement : 80 % de majoration.

L’article L64A, entré en vigueur pour les actes passés depuis le 1er janvier 2020, a abaissé le seuil. Il ne faut plus que le but soit exclusivement fiscal, mais principalement fiscal. C’est une nuance énorme. Concrètement, si 60 % de la motivation de votre crédit lombard est d’éviter l’impôt et 40 % répond à un besoin réel de trésorerie, vous êtes déjà dans la zone de tir du L64A.

Ce qui a changé en 2021


L’article L64A du LPF est applicable aux rectifications notifiées depuis le 1er janvier 2021. Tous les crédits lombard souscrits depuis le 1er janvier 2020 peuvent être requalifiés si leur motif principal est fiscal. La pénalité automatique de 80 % du L64 ne s’applique pas, mais le fisc peut appliquer 40 % pour manquement délibéré ou 80 % pour manœuvres frauduleuses.

Critère L64 (abus de droit classique) L64A (mini abus de droit)
Seuil But exclusivement fiscal But principalement fiscal
Pénalité automatique 80 % (40 % si non-initiateur) Pas de pénalité automatique
Pénalités possibles 80 % 40 % à 80 % (droit commun)
Actes fictifs couverts Oui Non (fraude à la loi uniquement)
Entrée en vigueur Historique Actes depuis le 1er janvier 2020

Source : articles L64 et L64A du Livre des procédures fiscales

Le BOFiP précise que le L64A n’a pas pour objet d’interdire au contribuable de choisir le cadre juridique le plus favorable, pourvu que ce choix ne soit pas artificiel. C’est exactement là où se situe la frontière, et c’est là que mes vingt-cinq ans d’expérience me sont les plus utiles : aider mes clients à documenter la substance économique réelle de leurs opérations.

Le rescrit abus de droit : votre meilleur allié


L’article L64B du LPF permet de solliciter l’avis de l’administration avant de mettre en place un montage. Si elle ne répond pas dans un délai de six mois, son silence vaut acceptation tacite, opposable en cas de contrôle ultérieur. Pour tout montage lombard dépassant 500 000 euros, je recommande systématiquement cette démarche à mes clients. Le coût d’un avocat fiscaliste pour rédiger la demande (entre 3 000 et 8 000 euros) est dérisoire comparé au risque.

Montage n°1 : vivre de lombards sans jamais déclarer de revenus

C’est le schéma qui fait le plus de bruit en ce moment, et pour cause. Le principe est redoutablement simple : un dirigeant se verse un salaire minimum (ou aucun salaire), nantit son patrimoine financier — portefeuille titres, assurance-vie, parts de holding — et finance l’intégralité de son train de vie par des crédits lombard successifs. Le prêt n’est pas un revenu imposable. Le revenu fiscal de référence reste proche de zéro. À chaque échéance, un nouveau lombard rembourse le précédent, et la dette roule indéfiniment.

J’ai vu ce montage proposé par des banques privées suisses et luxembourgeoises à des clients français dès le milieu des années 2010. À l’époque, le risque était essentiellement théorique parce que l’article L64 exigeait un but exclusivement fiscal, et les banques s’arrangeaient toujours pour saupoudrer un peu de substance économique dans le dossier. Depuis le L64A et son seuil de « but principalement fiscal », le calcul a complètement changé.

En janvier 2026, l’ancien ministre de l’Économie Éric Lombard a déclaré publiquement que des milliers de Français parmi les plus fortunés affichent un revenu fiscal de référence égal à zéro. Ça a relancé le débat politique, et surtout ça a mis un gros coup de projecteur sur cette stratégie précise.

La CDHR change la donne


La Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus, instaurée par la loi de finances 2025, impose un taux minimum d’imposition de 20 % pour les contribuables dont le RFR dépasse 250 000 euros (personne seule) ou 500 000 euros (couple). Ce dispositif cible directement les stratégies de minimisation du RFR via crédits lombard. En clair, même si vous ne déclarez aucun revenu, si l’administration considère que vos revenus réels (y compris la capacité contributive démontrée par votre train de vie) dépassent ces seuils, vous serez rattrapé.

Ce que je dis à mes clients qui me demandent ce montage, c’est qu’il ne faut jamais que le crédit lombard soit le seul flux entrant de votre budget personnel. Si vous avez un projet d’investissement ponctuel (achat immobilier, réinvestissement dans une start-up, besoin de trésorerie lié à un événement de liquidité), le lombard est parfaitement légitime. Si c’est votre « salaire de remplacement » permanent, vous jouez à la roulette russe fiscale. Pour en savoir plus sur les usages légitimes du crédit lombard pour les entrepreneurs, j’ai écrit un article dédié.

Montage n°2 : le lombard adossé à l’assurance-vie pour éviter le rachat

Celui-là, je le vois toutes les semaines. Le mécanisme : plutôt que de faire un rachat partiel sur votre assurance-vie (ce qui déclenche l’imposition des plus-values), vous nantissez le contrat et empruntez via un crédit lombard. Votre assurance-vie continue de capitaliser, vous conservez votre antériorité fiscale, et vous obtenez la liquidité souhaitée sans passer par la case impôts.

Sur le papier, l’économie est réelle. Pour un contrat de 2 millions d’euros avec 50 % de plus-values latentes, un rachat de 500 000 euros générerait environ 80 000 euros de fiscalité (prélèvements sociaux + impôt après abattement des 8 ans). Le crédit lombard vous donne la même somme à fiscalité zéro, moyennant un coût d’emprunt d’environ 15 000 à 20 000 euros par an aux taux actuels.

Scénario Rachat partiel AV Crédit lombard
Montant obtenu 500 000 € 500 000 €
Fiscalité immédiate ~80 000 € 0 €
Coût annuel du crédit 0 € ~17 500 € (3,5 %)
Antériorité fiscale conservée Oui (mais base taxable réduite) Oui (intacte)
Risque de requalification Aucun Réel si non-remboursement

Comparaison sur un contrat AV de 2 M€, 50 % de PV latentes, après 8 ans

Le problème survient quand le prêt n’est jamais remboursé et que la banque se rembourse in fine sur le contrat. L’administration peut alors considérer que c’est un rachat déguisé. La distinction juridique avec l’avance sur contrat (article L132-21 du Code des assurances) est claire en théorie : l’avance est consentie par l’assureur lui-même et est fiscalement neutre tant qu’elle est remboursée. Le crédit lombard est un prêt bancaire garanti par le contrat. Mais économiquement, si dans les deux cas la banque ou l’assureur se rembourse sur le contrat, le résultat est le même.

Mon conseil : documentez toujours un plan de remboursement crédible. Si vous empruntez 500 000 euros sur votre assurance-vie pour financer un achat immobilier, gardez une trace écrite du projet, du virement vers le notaire, et prévoyez un échéancier de remboursement même partiel. La traçabilité est votre meilleure défense. Pour comparer les solutions d’investissement, consultez mon comparatif assurance-vie ou compte à terme.

Assurance-vie luxembourgeoise : même régime, plus de vigilance


Le régime fiscal de l’assurance-vie luxembourgeoise est identique à celui de l’assurance-vie française pour les résidents fiscaux français. Nantir un contrat luxembourgeois pour obtenir un lombard est soumis aux mêmes règles. Mais dans la pratique, les montants en jeu sont souvent plus élevés et les montages plus sophistiqués, ce qui attire davantage l’attention de l’administration. Si le sujet vous intéresse, j’ai rédigé un guide complet sur les meilleures assurances-vie luxembourgeoises.

Montage n°3 : contourner la fiscalité successorale via lombard et assurance-vie

Ce montage est plus subtil et je ne le vois généralement que chez des clients dont le patrimoine dépasse 5 millions d’euros. Le mécanisme combine deux avantages fiscaux : celui de l’assurance-vie en matière successorale (abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans) et la déductibilité des dettes du passif successoral.

Concrètement : le souscripteur alimente un gros contrat d’assurance-vie, le nantit pour obtenir un crédit lombard, et consomme les fonds empruntés de son vivant. Au décès, deux choses se passent simultanément. La banque prélève sa créance sur le contrat d’assurance-vie, et le solde va aux bénéficiaires désignés avec les abattements successoraux. Pendant ce temps, la dette lombard vient en déduction de l’actif successoral taxable, réduisant les droits de succession sur les autres biens (immobilier, comptes bancaires, etc.).

L’administration peut requalifier ce montage de deux façons. Soit comme une diminution artificielle de l’actif successoral (l’emprunt n’avait pas de justification économique autre que la réduction des droits). Soit comme une donation indirecte si les fonds empruntés ont été transmis aux enfants du vivant du souscripteur.

Un de mes clients, patron d’une PME industrielle en région lyonnaise, avait été approché par un family office parisien avec exactement ce montage. Le family office promettait une « économie successorale de 40 % ». Quand j’ai dépouillé le dossier, la seule justification économique du crédit était un vague « besoin de diversification ». On a refusé. Deux ans plus tard, un de ses concurrents qui avait accepté un montage similaire s’est retrouvé en contrôle fiscal. La transaction s’est réglée à plus de 300 000 euros de pénalités.


« Un prêt n’étant pas considéré comme un revenu, ce type de crédit est parfois utilisé pour limiter son imposition sur le revenu. Gare à l’abus de droit. »

CD
Chambre des notaires de Paris

Définition du crédit lombard

Montage n°4 : la donation déguisée via crédit lombard

Celui-ci est le plus « grossier » des cinq, mais il persiste. Les parents nantissent leurs actifs financiers, empruntent via un crédit lombard, et transmettent les fonds à leurs enfants. Le prêt n’est jamais remboursé. Au décès des parents, la banque se rembourse sur les actifs nantis. Les enfants ont reçu l’argent sans passer par une donation formelle, donc sans payer les droits de mutation à titre gratuit qui peuvent atteindre 45 % en ligne directe au-delà de 1 805 677 euros transmis.

L’administration requalifie le montage en donation déguisée sur le fondement de l’article 894 du Code civil. Les conséquences sont lourdes : rappel des droits de donation, intérêts de retard, et pénalités de 40 à 80 % selon les circonstances.

Ce qui me frappe, c’est que certains conseils continuent de proposer ce montage en 2026. La parade classique consiste à interposer un « prêt familial » documenté entre les parents et les enfants. Mais si le prêt familial n’est jamais remboursé, que les enfants n’ont pas la capacité financière de le rembourser, et que les parents n’en réclament jamais le remboursement, l’administration requalifie sans difficulté.

Les indices qui déclenchent le contrôle


L’administration fiscale dispose d’outils de data mining qui croisent les déclarations de revenus, les informations bancaires et les actes notariés. Un achat immobilier par un enfant de 28 ans sans revenus significatifs, financé par un virement parental issu d’un crédit lombard, déclenche quasi systématiquement un examen de situation fiscale personnelle. C’est l’un des scénarios que je vois le plus souvent en contrôle fiscal chez mes clients.

Montage n°5 : le rapatriement d’avoirs non déclarés (fiche DGFIP n°18)

Ce montage est le seul expressément référencé dans la « Carte des pratiques et montages abusifs » publiée par la DGFIP sur le site du ministère de l’Économie. C’est aussi le plus grave, parce qu’on quitte le terrain de l’abus de droit pour entrer dans celui de la fraude fiscale et du blanchiment.

Le schéma : un contribuable détient des avoirs à l’étranger non déclarés. Il souscrit un emprunt in fine garanti par ces avoirs. Les fonds empruntés sont placés sur un contrat d’assurance-vie en France. Il effectue ensuite des rachats en bénéficiant du régime fiscal favorable de l’assurance-vie. À terme, le capital emprunté est remboursé par transfert des avoirs occultes.

La DGFIP qualifie explicitement ce montage de frauduleux. Au-delà du redressement fiscal (rappel d’impôt, pénalités de 80 %, amende de 10 000 euros par compte non déclaré ou 5 % du solde si celui-ci dépasse 50 000 euros), le risque pénal est réel : blanchiment de fraude fiscale (5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende) et fraude fiscale aggravée (5 ans et 500 000 euros).

Risque pénal avéré


Depuis la loi du 23 octobre 2018, la transmission au parquet est automatique lorsque les pénalités pour abus de droit sont appliquées et que les droits éludés dépassent certains seuils. Pour les montages de rapatriement d’avoirs, l’administration n’hésite plus à qualifier de blanchiment au sens de l’article 324-1 du Code pénal. L’avocat fiscaliste Patrick Michaud a documenté ces risques dès 2014 dans un article de référence sur Études Fiscales Internationales.

J’ai eu le cas une seule fois dans ma carrière, en 2019. Un client qui avait hérité d’un compte en Suisse de son père, jamais régularisé après la fermeture du STDR (Service de traitement des déclarations rectificatives) en 2017. Son ancien banquier suisse lui avait proposé exactement ce montage pour « rapatrier proprement » les fonds. On a immédiatement arrêté le processus et orienté vers un avocat fiscaliste pour faire une régularisation spontanée. La régularisation a coûté cher, mais infiniment moins qu’un contrôle fiscal avec qualification pénale. Pour trouver le bon professionnel dans cette situation, j’ai compilé un guide des meilleurs avocats fiscalistes en patrimoine.

Pourquoi il n’y a aucune jurisprudence publiée (et ce que ça signifie vraiment)

C’est l’un des paradoxes les plus frappants de ce sujet. Malgré des recherches approfondies sur Légifrance, dans les rapports annuels du Comité de l’abus de droit fiscal (CADF) de 2020 à 2024, et dans les bases de données juridiques spécialisées, aucune décision publiée du Conseil d’État ni des cours administratives d’appel ne traite spécifiquement d’un redressement pour abus de droit fondé sur un crédit lombard.

Le CADF a rendu 36 avis en 2024, 7 en 2023, 18 en 2022, 30 en 2021 et 38 en 2020. Aucun ne concerne un montage lombard.

Cette absence ne doit surtout pas vous rassurer. Voici pourquoi.

D’abord, les affaires lombard se règlent massivement en phase transactionnelle. Quand l’administration envoie une proposition de rectification, le contribuable négocie. Il accepte de payer une partie du redressement en échange de l’abandon des pénalités les plus lourdes. Ces transactions ne sont pas publiées.

Ensuite, l’administration utilise souvent d’autres fondements juridiques plus directs : non-déclaration de comptes à l’étranger, revenus distribués occultes, insuffisance de déclaration. Le crédit lombard est le véhicule, mais le chef de redressement porte sur autre chose.

Enfin, l’article L64A n’est applicable que depuis 2021. Les premiers contentieux sont probablement encore en instruction devant les tribunaux administratifs. Il faut compter en moyenne quatre à six ans entre un contrôle fiscal et un arrêt de cour administrative d’appel. Les premières décisions devraient donc apparaître entre 2025 et 2027.

La jurisprudence connexe à surveiller


L’arrêt du Conseil d’État du 12 décembre 2023 (n° 470038, affaire Holdem/Fidem) a confirmé l’abus de droit dans un montage de dividendes via holding luxembourgeoise, même si une voie licite existait pour aboutir au même résultat. Ce raisonnement est directement transposable aux schémas lombard via holding patrimoniale. Si vous utilisez un crédit lombard adossé aux actifs de votre holding, cet arrêt devrait vous inciter à la prudence.

Ce que le fisc regarde vraiment : les cinq critères de légitimité

Après vingt-cinq ans de pratique et de nombreux échanges avec des inspecteurs des finances publiques (certains sont devenus des connaissances au fil des contrôles), voici les cinq critères qui, selon moi, séparent le montage défendable du montage indéfendable.

Le premier, c’est la substance économique réelle. Le crédit lombard finance-t-il un projet concret ? Un achat immobilier, un réinvestissement, une opportunité de marché à saisir rapidement, un besoin de trésorerie lié à un événement professionnel ? Si la réponse est oui et que c’est documenté, vous êtes en terrain solide.

Le deuxième, c’est l’intention réelle de remboursement. Avez-vous un plan de remboursement crédible ? Des revenus futurs identifiés ? Un actif à céder à terme ? Si le lombard est conçu dès l’origine pour ne jamais être remboursé, c’est un signal d’alerte majeur.

Le troisième, c’est la cohérence économique globale. Le montant emprunté est-il proportionnel à vos besoins réels ? Un dirigeant qui gagne 300 000 euros par an et emprunte 200 000 euros pour un apport immobilier, c’est cohérent. Le même dirigeant qui se verse zéro euro et emprunte 300 000 euros par an pour vivre, c’est incohérent.

Le quatrième, c’est la traçabilité documentaire. Où sont allés les fonds ? Pouvez-vous produire les virements, les actes, les contrats ? L’administration exige une chaîne de preuves complète.

Le cinquième, c’est l’absence d’artificialité dans le montage juridique. Les structures interposées (holding, SCI, contrat luxembourgeois) ont-elles une raison d’être autre que fiscale ?

Critère Ce qui rassure le fisc Ce qui l'inquiète
Substance économique Projet concret documenté Aucun projet identifiable
Intention de remboursement Échéancier crédible Remboursement par nouveau lombard
Cohérence économique Montant proportionné aux besoins Lombard = 100 % des ressources
Traçabilité Virements tracés, actes notariés Fonds non tracés, comptes multiples
Montage juridique Structures préexistantes justifiées Structures créées ad hoc pour le lombard

Grille d'analyse basée sur la doctrine praticienne et les retours de contrôles fiscaux

Les évolutions récentes qui resserrent l’étau

Le crédit lombard fait face à une convergence de mesures qui réduisent son attrait fiscal. Certaines sont déjà en vigueur, d’autres sont en discussion.

La CDHR (Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus), en vigueur depuis la loi de finances 2025, impose un minimum de 20 % d’imposition effective au-delà de 250 000 euros de RFR. C’est le coup le plus direct porté à la stratégie « zéro revenu, 100 % lombard ».

La taxe PUMa (cotisation subsidiaire maladie de 6,5 %) frappe les contribuables dont les revenus d’activité sont inférieurs à 20 % du plafond annuel de la Sécurité sociale et dont les revenus du patrimoine dépassent 50 % de ce même plafond. Un piège pour les rentiers vivant exclusivement de crédits lombard, qui peuvent se retrouver redevables sans l’avoir anticipé.

Le PLF 2026 évoque une taxation du patrimoine financier des holdings patrimoniales, ce qui ciblerait un maillon supplémentaire de la chaîne d’optimisation.

L’amendement sénatorial I-801 rect. du 22 novembre 2024, bien que rejeté, mentionnait explicitement le crédit lombard dans son exposé des motifs. C’est le signe que le législateur a identifié le sujet et qu’une mesure législative spécifique pourrait voir le jour.

Pour les entrepreneurs ayant réalisé un exit, ces évolutions changent fondamentalement le calcul patrimonial. J’ai écrit un guide complet sur les stratégies d’investissement post-exit qui intègre ces nouvelles contraintes.

Mesure Impact sur le lombard Statut
CDHR (20 % minimum) Réduit l'intérêt du RFR à zéro En vigueur (LF 2025)
Taxe PUMa (6,5 %) Pénalise l'absence de revenus d'activité En vigueur
Article L64A du LPF Abaisse le seuil de l'abus de droit En vigueur (actes depuis 2020)
Taxation holdings (PLF 2026) Cible le patrimoine financier des holdings En discussion
Amendement I-801 (Sénat) Mentionnait explicitement le lombard Rejeté (novembre 2024)

Source : lois de finances 2025-2026, amendements parlementaires

Comment utiliser le crédit lombard sans risque en 2026

Je ne veux pas donner l’impression que le crédit lombard est devenu un outil toxique. Ce n’est pas le cas. Je continue d’en recommander à mes clients, et j’en utilise moi-même dans ma propre stratégie patrimoniale. La question n’est pas « faut-il utiliser le lombard ? », mais « comment l’utiliser intelligemment ? ».

Voici ma méthodologie, celle que j’ai construite au fil de mes années en banque privée et que j’applique systématiquement.

Premièrement, documentez le besoin économique réel avant de souscrire. Si c’est un achat immobilier, ayez le compromis. Si c’est un réinvestissement, ayez la lettre d’intention. Si c’est un besoin de trésorerie professionnel, ayez le prévisionnel.

Deuxièmement, prévoyez un plan de remboursement crédible. Pas nécessairement un amortissement mensuel — le lombard in fine a toute sa place. Mais un plan documenté montrant comment et quand vous comptez rembourser.

Troisièmement, ne faites jamais du lombard votre seule source de liquidités. Gardez des revenus déclarés — salaires, dividendes, revenus fonciers — en proportion raisonnable avec votre train de vie.

Quatrièmement, pour les montages dépassant 500 000 euros, sollicitez un rescrit fiscal (article L64B du LPF) ou a minima faites valider le schéma par un avocat fiscaliste indépendant de votre banque.

Cinquièmement, faites le point chaque année avec votre conseiller. Les règles changent vite, et un montage parfaitement légal en 2024 peut devenir risqué en 2026.

Pour comparer les offres disponibles et choisir la bonne banque, j’ai rédigé un comparatif des banques proposant le crédit lombard ainsi qu’un article détaillé sur le crédit lombard sur compte-titres.

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Chaque situation patrimoniale est unique. Je recommande de consulter un ingénieur patrimonial ou un avocat fiscaliste avant toute structuration impliquant un crédit lombard.

Découvrir mon classement des meilleures banques privées →











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Christophe
À propos de l'auteur

Christophe

Co Fondateur

Christophe Delabatte, 51 ans, passé par l'edhec, puis 20ans en banque tradi et service banque privée de la bnp, depuis 5ans ingénieur patrimoniale en banque privée, spécialité sur les hauts cadres et dirigeants.

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